Spectrum

À Montréal le trouble du spectre autistique est une expression courante. On parle de spectrum et de TSA* comme si cela allait de soi. On se dit que tel ou tel « n’est pas encore entré dans le spectre, sous-entendu autistique. Cela met d’emblée à l’aise, destigmatise la différence de comportement hors-norme, évite d’avoir à expliquer pourquoi il fait ça, et à la fois interroge sur ce spectre grandissant dans  lequel toute personne qui paraît avoir des troubles d’attention, de concentration ou de comportement est susceptible d’entrer pour être accompagnée à en sortir. La norme de référence se situe ici clairement à l’extérieur du spectre :  à  l’intérieur du spectre on serait forcément trop replié, pas assez sociable, trop dispersé, pas assez concentré.

Nous qui sommes concernés par la question et qui avons un certain point de vue, avions décidé de mettre nos considérations de côté. Comme pour beaucoup de parents, nous faisons notre propre cuisine, prenant ça et là qui nous semble bon à prendre dans l’intérêt du principal concerné.

Des échanges que j’ai eu avec des canadiens, j’ai compris que la stimulation, dont la simple évocation du mot froissait mes oreilles, revêt finalement des formes et des degrés très larges et que ce mot est presque galvaudé et banalisé tout comme l’est le trouble du spectre autistique. Se servir d’un jeu de cartes de sociabilisation pour aider un jeune à comprendre les attitudes à avoir en société pour qu’il puisse tisser des liens sans être tout le temps décalé et donc rejeté, je trouve cela plutôt intéressant et plein de bon sens, si c’est important pour lui. Je découvre aussi que la sociabilité , c’est-à-dire « être une personne sociale » ou « faire du lien avec les autres »,  est une valeur positive, incontournable, omniprésente, majeure dans la société canadienne québécoise. La sociabilité serait synonyme d’épanouissement et donc il est encouragé d’y tendre par tous moyens, allant de la thérapie (personnelle) à la mise en place d’espaces et de formes de travail (en entreprise)  favorisant la convivialité. Moi qui suis d’un tempérament plutôt réservé, j’ai eu tendance au départ à ressentir cela comme une forme d’impératif mais tous les québécois que j’ai rencontrés mettent si naturellement à l’aise par leur enthousiasme et  leur spontanéité joyeuse que je me dis que  la sociabilité  est peut-être une valeur nationale qu’ils entendent défendre et partager.

Alexandra Dauplay-Langlois

 

*Trouble du spectre autistique

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