Promesse tenue

Aussitôt que retentira la voix microphonique du chef de cabine, « Mesdames, Messieurs, nous commençons notre descente sur Bordeaux Mérignac », je fermerai les yeux et verrai en un flash multicolore, en vert et bleu, en rouge et d’or, la farandole accélérée de la formidable diversité que nous avons traversée, un mois durant, sur les routes de l’Amérique. Et aussi ces continents que nous traversons depuis ci longtemps.

« Merci d’attacher et d’ajuster votre ceinture, votre tablette est maintenant relevée ».  J’étais gamin, et je voyais partir les avions, les uns après les autres, vers un lointain, un inconnu, une immensité, un infini. Je me faisais la promesse qu’un jour, oui un jour, moi aussi j’embarquerai dans ces grands oiseaux-là. Parcourant le monde plus tard, avec presque rien en poche, prenant le risque de la rencontre, du hasard et de la liberté, j’ai décidé qu’on ne finissait jamais de faire le tour du monde.

« PNC préparez vous pour l’atterrissage ». Nous avons changé de domicile, préféré le train à l’avion, roulé sous les étoiles, marché, privilégié la lenteur à l’efficace, partagé, échangé, discuté, rencontré. Nous avons dormi chez des inconnus qui nous prêtaient leur maison en échange de quoi nous prêtions la nôtre à Bordeaux à d’autres inconnus et englouti des paysages tout entier qui défilaient pour nous le long des lignes de chemin de fer. Il y a des millions de visages dans nos têtes tandis que nous fermons les yeux et que l’avion touche le tarmac.

Promesse tenue me dirai-je comme à chaque retour. Oui, promesse tenue. Promesse tenue à mes enfants de les avoir embarqués avec nous, d’avoir fait l’effort de préférer la peur au confort, de leur avoir fait vivre l’expérience que la normalité est plus souvent une affaire de géographie qu’une stricte consigne comportementale. Mais promesse tenue surtout de leur donner ce goût que le monde est aussi vaste que fragile, qu’il est tout aussi divers que complexe. Que les méchants et les gentils n’existent pas, que le cafard  de ces soirées amères dans un hôtel sombre et sale  n’est qu’une seule note sur une gamme qui en contient des milliards, que la vie n’est une vie que par palette de contrastes mais qu’aussi, au détour d’un chemin, la gratuité existe bel et bien encore, en couleur.

Promesse tenue à mes fils qui vivent cette culture éducative française au quotidien, coincés comme on les coince tous les jours dans une promesse d’avenir centrée sur l’échec. Promesse tenue contre l’impossible et parfois même, osons le dire, un mépris à la française.

Comme à chaque retour, comme l’année dernière et comme l’année d’avant, les voilà un peu plus fort nos petits gars, musclés et prêts à envahir le monde.

« PNC, Dernier virage ».

 

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