En toute transparence

Des vitres transparentes, intactes, larges, omniprésentes, laissent voir ce qui ailleurs dans le monde est souvent voilé, soit la vie à l’intérieur, l’intimité, le repas familial, la boutique fermée, la cage d’escalier, les enfilades de bureaux. À la tombée de la nuit, aux Pays-Bas, que l’on se trouve à Leiden ou à La Haye, c’est encore plus frappant, les intérieurs brillent de lumières toutes dorées sans exception. Nul voilage. Je te vois, tu me vois, je suis regardée,
je n’ai rien à cacher. L’intérieur est cosy mais il est à la vue de tous. Le magasin est fermé mais aucune grille ne le protège, la cage d’escalier s’éclaire, un homme monte dans son appartement. Tout est harmonie, tout est transparence. L’intérieur est l’extérieur, séparé d’une ligne invisible. Tout se tient, rien ne dénote. Je vois depuis le rue jusqu’au fond du jardin qui se trouve de l’autre côté de la maison. 

La transparence des architectures néerlandaises a été revendiquée par les modernes de l’école De Stijl initiée par Mondrian. Plus qu’une forme d’esthétisme, c’est un mode de vie qui a été porté par ce courant dont l’un des objectifs était de rendre floue toute frontière entre l’intime, le personnel et le public, le général. Inclure l’extérieur dans la maison telle était la devise. Les formes épurées et directes ne sont pas sans rappeler un des traits du protestantisme à l’époque de Calvin qui voulait que le fidèle soit en lien direct avec Dieu sans intermédiaire comme c’est le cas dans le catholicisme avec les prêtres*. Le passage de l’intérieur à l’extérieur aux Pays-bas comme inexistant,
la vitre invisible est une séparation sans voile. Je n’ai rien à cacher. Je dîne aux chandelles à la vue des passants. 

Ceci me surprend, m’intrigue, c’est beau, c’est esthétique, c’est fluide, c’est rassurant, c’est net. C’est bizarre, c’est troublant. Et je n’aimerais pas être dans l’aquarium à la vue de tous. La transparence est un peu le credo de notre époque, les réseaux sociaux en sont l’illustration et d’ailleurs je m’apprête moi-même à poster cet article sur la toile à la vue de tous ceux qui tomberont dessus…

Alexandra

 

* Conscience contre violence, Stefan Zweig, 

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