S’adapter à son insu

« Quelles sont vos facultés d’adaptation ? » pourrait, sans forcer tellement le trait, être la question posée à toute personne sensée être capable de vivre dans la société  occidentale d’aujourd’hui. A l’école, dans les loisirs, dans le monde du travail. Et toute personne sensée étudier et travailler devrait répondre sans hésiter en énumérant une liste prouvant ses capacités d’adaptation. Implicitement, c’est ce qui est attendu. Et c’est valable aussi pour les personnes ayant des particularités autistiques pour lesquelles l’un des  points communs est pourtant celui d’avoir du mal à appréhender les changements et à s’adapter à de nouvelles situations. 

Je ne suis pas une adepte des méthodes de rééducations, j’ai toujours préféré les apprentissages détournés par le plaisir. Et j’ai pu constater que l’une des vertus du voyage est justement d’enseigner, à celui qui le pratique, l’adaptation mais à son insu.

C’est lors d’un voyage de trois semaines en Thaïlande il y a huit ans que j’ai pris conscience des effets thérapeutiques bien visibles du voyage. A  l’époque, nos deux enfants étaient petits et l’un d’entre eux se heurtaient à de grandes difficultés dans son quotidien. Il ne tenait pas en place, il criait beaucoup, ça déboordait. Tout était très compliqué mais voyager à l’étranger, loin, restait une chose bien moins difficile à accomplir que d’aller faire les courses au supermarché du coin. Salvateur pour nous, cela avait même un effet sur notre fils, comme si le voyage décuplait certaines de ses facultés restées jusque à insoupçonnées et en même temps le calmait. Il devenait alors leader de notre petite famille :

  • Lors d’un treck au milieu des rizières sous une chaleur de plomb lorsqu’il avait 6 ans
  • Lors des 3 h  d’attente d’un train de nuit couchettes dans une ville perdue du centre du Vietnam
  • Lors du retard d’un avion  5h à l’aéroport de Delhi
  • Lors d’ une tempête de sable à la tombée de la nuit, à Bikaner en Inde
  • Courant à côté de nous qui étions à vélo à Berlin 
  • Dans la queue avant de rentrer dans le Colisée à Rome
  • Dans les rues sillonnant les hauteurs de Lisbonne à l’âge de 3 ans
  • Avec de  l’eau jusqu’aux chevilles sur la Place Saint Marc
  • Dans la montée du Monserrat en Catalogne en plein cagnard

J’ose affirmer que le voyage bouscule les repères et qu’en cela il permet d’apprendre à s’adapter en douceur, dans le plaisir et dans l’expérience de la découverte de nouveaux lieux, de nouveaux visages, de nouvelles odeurs, nouvelles couleurs, nouvelles architectures, nouveaux plats, nouvelles sensations, nouvelles dimensions, nouvelles routines et même nouvelles obsessions.

L’idée de ne pas rentrer en France nous a quelques fois effleurés. Mais à chaque fois, nous furent consolés par le fait que voyager est un apprentissage extraordinaire qui laisse des traces et développe chez les enfants une forme de débrouillardise. 

Alexandra

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