Des sourires qui en disent large

Les voyageurs qui ont été une fois en Asie ont sans doute été marqués par les sourires omniprésents, qui ont d’ailleurs valu à la Thaïlande le surnom de « pays du sourire ». 

En Asie mais de façon plus ou moins appuyée selon le pays (1), le sourire n’est pas un mythe. Il s’invite partout et accompagne la parole, la gestuelle mais également les silences.  Bien plus qu’ailleurs,  le sourire revêt multiples facettes : sourire pour exprimer un acquiescement ou au contraire pour dire ce qui ne peut se dire sans prendre le risque de heurter l’autre, notamment lors d’un refus, d’un désaccord ou d’un ordre. Sourire pour exprimer une gêne ou bien pour dissimuler ses sentiments afin de ne pas perdre la face ou la faire perdre à son interlocuteur (2). Et sourire tout simplement comme une attention naturelle portée à l’autre.

Étant d’origine asiatique et ayant beaucoup séjourné en Asie du Sud-Est, le sourire m’a toujours été familier. Très jeune, j’ai pris conscience qu’il pouvait être un prolongement de la parole alors qu’en France le sourire accompagne tout au plus la parole. Ainsi, dans la culture occidentale, sourire peut-être perçu comme bizarre lorsqu’il ne vient pas traduire un contentement. Aussi, j’ai pris le parti de dompter mon sourire pour éviter de me justifier et de répondre à la question « Pourquoi tu souris ? » lorsque le contexte n’est pas sensé impliquer un sourire. Cependant, inévitablement, il transparaît parfois. En Asie au contraire, je ne suis pas confrontée à cette difficulté de réguler mon sourire. Je me sens libre de sourire lorsque je suis heureuse mais aussi lorsque je suis mal à l’aise, timide, que j’ai quelque chose à demander ou à attendre. Telle est la norme là-bas et elle me repose.

Le sourire adoucit les relations entre les êtres. Je dois cependant préciser qu’en Asie le sourire peut être propice aux malentendus et mieux vaut ne pas en être dupe. Sachant qu’un sourire peut en cacher un autre, aux pays des sourires, sourire peut détourner l’autre de son attention : « derrière les sourires les couteaux » entends-je quelques fois de la bouche de mes oncles et tantes.

Ainsi, il n’est pas toujours facile pour un occidental de comprendre ni d’interpréter le sens des sourires en Asie. Il y a quelques semaines, mon fils a trébuché au marché, un groupe de filles a souri, c’était pour relativiser la situation et non pour se moquer de lui. Depuis il est conquis par le sourire des filles qu’il croise.

Attention, lui avons-nous dit !

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(1) Les thaïlandais et les laotiens sont particulièrement souriants et même lorsqu’une personne ne sourit pas il suffit de lui sourire pour qu’elle réponde par un franc sourire. Les vietnamiens sont un peu moins souriants mais bien davantage que les chinois qui eux rient plus franchement. Les taïwanais sourient avec beaucoup d’attention de finesse. Les japonais aussi utilisent le sourire dans leurs relations sociales.

(2) La notion de « faire perdre la face » est au centre des relations entre les gens en Asie. Perdre la face c’est se sentir rabaissé, en échec, humilié, faible.

Alexandra

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