Vapoter en Thaïlande est interdit… Et ce n’est pas du vent

« Les passagers sont informés que la cigarette électronique est strictement interdite en Thaïlande. Son utilisation est punie de  cinq ans de prison assortis de 15 000 euros d’amende », telle devrait être l’annonce faite à l’arrivée à Bangkok dans les vols Air France.

C’est en tout cas ce que je me suis dit tandis que j’étais embarqué par la police pour avoir vapoté au pied de mon hôtel dans un Soï quelconque de Sukhumvit. Une arrestation anodine, une saisie souriante de mon matériel, « ce n’est pas grave, ce n’est pas grave, nous allons juste à la police station pour enregistrer la déposition » répétait en souriant comme un automate le flic en uniforme dans le taxi qui nous conduisait discrètement au milieu du traffic. « que va-t-il se passer pour moi ? » risquais-je deux ou trois fois, jusqu’à ce que je me taise totalement, lassé par sa seule désormais réponse impassible,

–  wait !

Lorsque le taxi stoppa dans une arrière cours un peu glauque, je fus invité poliment à descendre sans geste brusque, « slow, easy, slow ». Le flic m’escorta jusqu’à une salle terne où nous fûmes rapidement rejoins par un deuxième visiblement chargé de me surveiller. La pièce était sombre et possédait une grande table entourée d’assises en simili cuire des années soixante-dix, les fenêtres étaient obstruées par des persiennes jaunâtres et l’air suffoquant n’était éventé que par le mouvement brinquebalant des palles rouillées du ventilateur non loin du néon qui diffusait une lumière électrique froide.

On me fit assoir puis on me retira mon mobile phone et mon portefeuille. Je tentai à nouveau un « que va-t-il se passer maintenant ?». L’un des deux, debout à côté de moi, fendit le silence d’une phrase en thaïlandais qu’il adressa à son smartphone. Puis il me présenta son écran. Un texte en anglais mal traduit était sans équivoque, « En Thailande, la consommation de cigarette électronique est un crime. Votre passeport est invalidé,  vous êtes passible de cinq ans de prison, toute sortie de territoire est interdite. Vous êtes en état d’arrestation. »

Je protestai poliment mais je vis rapidement que c’était vain, j’étais un hors la loi, c’est tout. Alors je me tus. Le maton en face me surveillait de regards froids et fixes tandis que l’autre sorti. Puis il reparut presqu’instantanément. Il fit ensuite une série d’allez et venues moins brefs, de l’intérieur vers l’extérieur, de l’extérieur vers l’intérieur, et l’attente était interminable, ponctuée par le bruit des talkies et celui de mon téléphone qui se baladait sur la grande table en position vibreur au rythme des appels et autres messages de mes proches pour savoir où j’étais. J’avais bien sûr l’interdiction de répondre avec pour seule consigne de conserver mes mains bien visibles sur la table, à plat.

Voilà. Dans ce pays que je connais si bien et depuis si longtemps, j’allais me retrouver en taule pour avoir vapoté. « Purée, c’est pas possible, je suis en train de me faire coffrer pour mangeage de choucroute prohibée » ai-je pensé devant l’absurdité de la situation, mais la peur qui me tenaillait l’estomac était insoluble. Je ne parvenais pas à trouver une petite issue, une petite faille par laquelle m’infiltrer et échapper à l’enfer promis aux occidentaux dans les prisons de Thailande.

Une heure, autant dire toute une vie, s’écoula avant qu’un bout de conversation puisse s’enclencher lorsque le flic qui m’avait arrêté reparut avec un bout de papier et un crayon mais un air toujours aussi flippant. Il fallu alors que je réponde à cette question terriblement difficile et terriblement laconique « A quoi seriez vous prêt pour être libre ? ». Joli sujet de philosophie ai-je pensé tout en levant les mains. Je lui demandai alors du tac au tac combien selon lui ma liberté pouvait valoir.

J’ai quitté le commissariat de police libre à l’issue d’une négociation particulièrement âpre et longue où j’ai usé des grosses ficelles de ce que l’on nous enseigne de redoutable dans les cursus de formation d’acheteur international. C’est triste à dire mais pour la première fois de ma vie j’ai béni la corruption d’un flic, d’un commissaire de police.

Les lois des pays que l’on visite sont parfois révoltantes pour un occidental, violentes dans leur application, démesurées dans leurs peines, incompréhensibles. Mais elles sont les lois et les occidentaux ne possèdent malheureusement pas l’universalisme de la justice et des droits de l’homme. Cette leçon m’a valu une bonne vieille clope à la terrasse du premier pub venu.

Alors, autant que cela serve, n’oubliez pas, « Les passagers sont informés que la cigarette électronique est strictement interdite en Thailande. Son utilisation est punie de  cinq ans de prison assortis de 15 000 euros d’amende ». Et renseignez vous, les occidentaux qui croupissent en prison pour la simple possession d’une cigarette électronique, ce n’est pas une fable.

Alexandra

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