Loin de la carte postale

Nous nous retrouvons dans un lieu que nous n’avons pas choisi et dans lequel il nous faut séjourner quelques semaines pour y régler des aspects matériels. L’arrivée à Ban Phe se fait sous le ciel gris et la pluie. Le jeune homme qui nous aide à ouvrir la maison que nous devons vider est plus distant depuis que mon père n’est plus. Le « mo ban » paraît ce jour-là comme à l’abandon. La longue plage bordée d’arbres, si belle en février, est déserte, jonchée de détritus déposés par la mer. La plupart des échoppes sont fermées, c’est hors saison, c’est la mousson. La petite ville de pêcheur ne semble pas exister pour nous. 

Le quotidien se déroule lentement rythmé par quelques passages à vide qui m’apprennent les limites de moi-même. Les enfants prennent le dessus très rapidement après une bonne nuit. Le désenchantement est provisoire, chacun s’accrochant à de simples réjouissances. La présence de trois petits chatons avec leur mère qui ont investi le balcon ainsi que deux chiens qui n’attendent qu’â être adoptés suffisent aux enfants à profiter de leur séjour.  Les allers-venus en toute liberté, les bains dans la mer bien plus agitée et moins bleue qu’à la haute saison, les douches sous les quelques averses de pluie diluviennes et tièdes donnent le sourire aux enfants et à nous aussi par conséquent. Les chiens qui nous escortent tous les soirs dans la nuit noire, la découverte d’une échoppe sympathique qui sert un « hu tieu » meilleur qu’ailleurs nous encouragent. Les repères s’installent loin de nos vies pressées balisées par d’autres repères : jeudi soir est le jour du marché, la cuisine que sert une famille qui possède de magnifiques chats n’est servie que le samedi… Les repères rassurent en même temps qu’ils expriment une certaine routine. Celle-ci n’est pas exclusive du pays dans lequel on vit, elle est lié à des repères spatio-temporelles.

Cela peut être ça aussi le prix de l’expérience de voyage : se retrouver loin de chez soi loin de la belle image carte postale des vacances, et se dire que nous apprenons à nous contenter de ce que l’on a juste à portée de main, pour quelques semaines. Un chemin vers une forme de simplicité que je n’oublierai pas pendant longtemps et qui me rappelle des leçons d’anciens longs voyages qui sont toujours marqués en moi. 

Alexandra

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